Dans le cadre de la transition énergétique, l’hydroélectricité conventionnelle reste un pilier central en Suisse. Mais qu’en est-il de l’énergie résiduelle des écoulements sans chute d’eau ? Dans le cadre du projet européen Interreg SHINES, l’équipe du Hydro Alps Lab (C. Aviolat, O. Pacot, V. Hasmatuchi) vient de finaliser un rapport dressant la cartographie et l’évaluation du potentiel hydrocinétique théorique sur les cantons du Valais et de Genève.
Contrairement aux installations hydroélectriques classiques, les hydroliennes fluviales exploitent directement la vitesse des courants sans nécessiter de lourds ouvrages de génie civil (barrages ou retenues).

Principaux résultats : un potentiel théorique de 200 GWh/an
L’analyse couplée entre modélisation hydraulique sous HEC-RAS et données hydrologiques met en évidence un potentiel hydrocinétique théorique global d’environ 200 GWh par an sur l’ensemble du périmètre d’étude. La majeure partie de cette ressource se concentre sur le cours naturel du Rhône valaisan, qui totalise à lui seul près de 160 GWh/an, avec des zones particulièrement favorables identifiées en aval du coude de Martigny et du complexe de Lavey grâce à des pentes d’écoulement locales plus marquées. Le potentiel de ce dernier troncon pourrait toutefois être ammené à évoluer avec la finalisation du projet MBR3.
Dans le canton de Genève, le Rhône offre un gisement d’environ 33 GWh/an, principalement localisé sur le dernier bief en aval de l’aménagement de Chancy-Pougny jusqu’à la frontière française, tandis que l’Arve présente un potentiel plus modeste d’environ 3 GWh/an en raison de vitesses moyennes inférieures à 1 m/s.

Un levier concret pour les exploitants
L’évaluation spécifique des canaux artificiels valaisans confirme leur pertinence avec 2,94 GWh/an répartis sur 21 sections potentielles le long du canal d’amenée de Chippis–Rhône, et 1,33 GWh/an identifiés sur deux sections du canal de fuite de la centrale de Lavey. Ces structures artificielles présentent des conditions d’exploitation particulièrement avantageuses : des vitesses et débits prédictibles, un impact environnemental minime, une accessibilité facilitée pour la maintenance et la présence directe de connexions au réseau électrique.
En parallèle, le travail réalisé fournit aux équipementiers un cadre de dimensionnement réaliste pour les milieux fluviaux alpins : si plusieurs tronçons naturels disposent de vitesses cinétiques attractives supérieures à 1,2–1,5 m/s, les faibles profondeurs d’eau (souvent inférieures à 2 mètres) ainsi que la gestion du transport solide et des corps flottants constituent les critères déterminants pour concevoir des machines adaptées et économiquement viables.
Le rapport complet peut être consulté ici : Rapport Shines WP2.1.5